La notion de rythme en séjour

13 Oct 2026
La notion de rythme en séjour,Post

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de la notion de rythme en séjour.

Et il y a à dire !

Selon que l’on voyage seul·e, en binôme ou en groupe, le rythme est très différent.

Il serait intéressant de se pencher, par curiosité, sur la définition du mot. Selon le Larousse, le rythme est le « retour, à des intervalles réguliers dans le temps, d’un fait, d’un phénomène » : rythme des saisons, des marées…

On parle également de rythmes biologiques lorsqu’il s’agit des phénomènes cycliques qui rythment le vivant, animal ou végétal, dont nous faisons partie.
Et là, on peut tout de suite se dire : wow… Déjà, perso, je n’ai pas toujours le même rythme !

Cela va dépendre de ma journée, de si j’ai travaillé ou pas, si j’ai fait du sport ou non, du temps que j’ai passé à l’extérieur, de ce que j’ai mangé et de comment j’ai dormi la veille. Tout cela influence mon état et mon rythme de la journée suivante.

On pourrait se demander, quelle place laissons-nous réellement à nos rythmes biologiques quand une grande partie de notre quotidien est conditionnée par des horaires imposés ?

Dès la crèche, le petit humain européen peut se voir réveillé pour être confié à une équipe d’éducatrices et d’éducateurs afin que son ou ses parents puissent remplir leurs engagements auprès de leur employeur et recevoir un salaire à la fin du mois. Enfants, adolescents, adultes, et même seniors en maison de retraite : nous sommes constamment soumis à des rythmes collectifs et institutionnels, organisés autour d’horaires et des nécessités de la vie sociale et économique.

Qu'en est-il lorsque arrivent le week-end ou les vacances ?

Je pense à une amie qui se réveille vers 6 h, qu’elle travaille ou non, et qui me dit : « Ah, je suis habituée avec le boulot… »

Alors elle se lève, prend son petit déjeuner, trouve des occupations quand elle n’est pas avec sa fille et se plaint très souvent d’être fatiguée.

Pourquoi cette fatigue ?
Une fatigue principalement liée à son travail et au secteur professionnel qui ne lui conviennent pas et engendrent une accumulation de stress et de doutes sur les possibilités financières à sécuriser sa famille…

Bref, son réveil à 6 h est-il réellement son rythme ou le rythme auquel son quotidien l’a habituée ?
Une autre amie se réveille elle aussi vers 6 h, mais pour d’autres motifs : elle a un sommeil très léger, haché par de nombreux réveils et, au bout d’une nuit saccadée, elle finit par se lever et passer à autre chose, en se plongeant dans un livre par exemple, avant d’aller dispenser ses cours de Pilates.

Personnellement, si je n’ai aucun horaire imposé, j’ai tendance à me coucher vers 22h/23 h et à me lever entre 7 h et 8 h.

Alors, quand je pars en séjour avec un groupe, j’ai toujours cela en tête lors de la conception : laisser de la place à nos rythmes. Laisser une longue plage libre entre le coucher et la première activité proposée. Lors de ma formation au CFRMS ERASME, je me souviens de cette différence fondamentale entre activité et activisme. Cela m’avait tellement parlé ! 

Au fond de moi, je ressentais que c’était tellement juste, parce que cela résonnait avec mes valeurs ainsi qu’avec mon fonctionnement naturel. Car oui, même si je suis, comme tout le monde, influencée par les rythmes sociaux et économiques – et que je choisis parfois délibérément de me soumettre à certains d’entre eux, lorsque je décide, par exemple, de reprendre ponctuellement un travail salarié -, je reste assez connectée à mon propre rythme. Et, j’ose vous le dire ici : je suis une très mauvaise élève aux yeux des institutions !

Si une règle me semble insensée ou un fonctionnement inadapté, j’ai vraiment du mal à l’appliquer simplement parce que « c’est comme ça ». Et cela m’a valu quelques remarques et quelques difficultés au cours de mon parcours professionnel. Suivre le mouvement parce que tout le monde le suit n’a jamais vraiment été mon fort.

Revenons à cette notion d’activisme

Dans l’accompagnement éducatif, proposer des activités n’implique pas de remplir chaque espace disponible. Faire pour faire, occuper pour occuper, enchaîner les propositions parce qu’il faudrait absolument que quelque chose se passe… c’est justement ce que cette notion venait questionner.

C’est pourquoi je conçois des programmes « accordéon », je dirais.

Il y a des activités proposées, un programme, une trame, mais selon l’énergie du groupe – et donc de chacun -, le temps peut s’étirer pour l’une d’elles, se compacter pour une autre, sans jamais imposer un même rythme à l’ensemble du groupe.

Vous me suivez ?

Prenons un exemple concret. On sort se balader aux dunes de Sidi M’Barek. On quitte la route pour emprunter un chemin de terre qui rejoint la dune, face à l’océan. On descend sur la plage. Les enfants jouent avec les bois flottés ou les galets, les parents discutent, certains se mettent à l’écart pour profiter du son des vagues. Le temps passe et midi approche. J’ai prévu un repas à la cabane du pêcheur. Le parent qui s’était mis à l’écart est un peu frustré : il aurait aimé avoir davantage de temps pour contempler les vagues. 

Bonne nouvelle : la cabane du pêcheur est sur la plage ! Il pourra donc faire durer ce plaisir de contemplation, face à l’océan, pendant que d’autres seront déjà attablés.

Tout à coup, l’un des enfants est fatigué, mais le groupe est en route pour aller manger… Eh bien, à la cabane du pêcheur, il y a des banquettes marocaines, parfaites pour s’allonger et se reposer !

Et comme on aura été en groupe toute la matinée jusqu’au déjeuner, l’après-midi est libre : possibilité de prendre un cours de surf, de profiter de la plage ou tout simplement de se reposer. Sachant que le soir, une sortie est prévue pour celles et ceux qui auront envie de danser et de s’enivrer de musique gnawa, portée par ses rythmes et ses instruments traditionnels.

Chacun son rythme, une expérience commune

Voyager en groupe, c’est accepter que plusieurs rythmes cohabitent. L’enjeu n’est pas que tout le monde fasse tout, au même moment, mais que chacun puisse trouver sa place dans une expérience commune. C’est ainsi que j’aime penser mes séjours : prévoir suffisamment en amont, connaître les lieux, anticiper les possibilités, les temps de déplacement, de repas, d’activités mais aussi de repos, pour que le cadre puisse ensuite s’adapter aux personnes, plutôt que l’inverse.

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